Notre maire a inscrit dans le cadre de la révision du PLU de belles déclarations d'intentions notamment sur la préservation de l'agriculture à Morangis. Il a décidé pour cela le classement de certaines parcelles à réserver aux terres agricoles, maraichères ...
Oui mais voilà, n'est pas agriculteur qui veut ... aussi nous vous invitons à prendre connaissance du document ci-dessous, détaillé mais explicite, adressé au Commissaire enquêteur et qui fait toute la lumière sur la réalité des sols, de l'existant et donne un coup de projecteur " qualifié" sur la situation de l'agriculture à Morangis et son potentiel devenir. Prenez le temps de l'imprimer, de le lire, vous y apprendrez beaucoup de choses sur notre ville et son évolution.
Dommage qu'une fois encore, Mr le maire, se soit prononcé sans prendre l'avis des personnes compétentes - les anciens et leurs connaissances, la Chambre d'agriculture, les exploitants morangissois ...mais ça nous avons l'habitude.
Société Civile d’Exploitation Agricole « La Gironde »
91420 MORANGIS
Monsieur le Commissaire Enquêteur,
Nous sommes à la tête d’une des deux dernières exploitations agricoles de Morangis. Vous trouverez ci-dessous notre contribution au débat sur le volet « agricole » du projet de PLU auquel nous n’avons jamais été conviés.
En tous cas, nous vous faisons part de notre totale opposition au classement nouveau en zone A des parcelles dont nous sommes propriétaires ou locataires actuellement classées en zone AU.
Si l’on s’en tient à la définition « Relève du zonage A, agricole…..les terrains à protéger en raison du potentiel agronomique , biologique ou économique des terres agricoles » (article R 123-7 du code de l’urbanisme), aujourd’hui , il n’y a plus de terrains à Morangis répondant complètement à cette définition. En particulier, les parcelles visées par le changement dans ce PLU sont d’un point de vue agronomique très médiocre, les plus mauvaises restant cultivées aujourd’hui à Morangis.
Appliquer ce classement A à ces terrains s’avère donc inutile pour les raisons suivantes :
l’activité polyculture céréalière traditionnelle, celle exercée de manière séculaire à Morangis ,dégage aujourd’hui une rentabilité insuffisante : l’addition de nos propres dix derniers résultats d’exploitation donne même une somme légèrement négative. Notre travail s’effectue donc à perte. Qui l’accepterait indéfiniment ? Il n’est ni sain ni tenable sur la durée que les bénéfices viennent d’indemnités d’éviction ou de ventes de patrimoine, souvent d’ailleurs à la suite des expropriations (ZAC centre ville de Morangis, déviation routière du CD 118 entre Paray et Chilly).
Les deux principales causes de cette évolution défavorables sont structurelles et sans perspectives d’amélioration, bien au contraire : des surfaces insuffisantes et des surcoûts dus à notre situation urbaine (par exemple, le silo de stockage de coopérative le plus proche se situe à 25 km ) ; il n’y a donc pas d’avenir pour nos exploitations. Dans ces conditions , écrire page 151 du rapport de présentation, que « les zone AU existantes sont retournées à la vocation agricole pour pérenniser l’activité existante » relève de la contre vérité absolue, à plus forte raison dans le secteur des Petits Graviers où il n’y a plus d’exploitant.
En ce qui concerne les conditions de travail, chacun peut évidemment constater la multiplication des dépôts sauvages d’immondices, les rodéos de motos et même de voitures dans les cultures, les chemins ruraux interdits quand ils ne sont pas carrément et illégalement « bouchés » .
Nous tenons également à vous conter deux anecdotes s’étant déroulées cette année :
-l’appel téléphonique fin juin d’un responsable de la plate- forme d’Orly annonçant que toutes affaires cessantes les agriculteurs riverains devaient broyer les récoltes ( dont la maturité était à 3 semaines ) et labourer les champs dans la foulée en raison du danger que représentait pour les avions la prolifération des oiseaux. Finalement une semaine après, marche arrière, mais rendez-vous pris début septembre avec l’ensemble des agriculteurs riverains pour envisager des mesures à long terme à la fois contre les oiseaux et, à notre demande, contre les dégâts de lapins venant de l’aéroport à l’intérieur duquel ils prospèrent. A ce jour, pas de nouvelles.
- vendredi 15 juillet 19h arrivée avec moissonneuse batteuse, semi- remorque, tracteur et remorques pour récolter le blé évoqué ci-dessus. Découverte d’une tranchée interdisant totalement l’entrée du champ. Aucun interlocuteur à la mairie en ce week end . Bref historique de l’affaire : suite à l’intrusion de personnes stationnant avec leurs caravanes sur nos champs en mai, nous avions accepté dans un souci de coopération l’idée de la mairie de réaliser une tranchée à condition de nous laisser un passage avec stationnement permanent d’un camion communal à l’endroit du passage . Début juillet, enlèvement du camion pour une première récolte de colza. Une fois celle-ci terminée, le passage a été supprimé par le prolongement de la tranchée sans aucune concertation ni information. Donc impossibilité absolue de pénétrer dans notre propre champ.
Il n’y a jamais eu de véritables activités horticoles ou maraîchères, dans notre village compte tenu de l’inadaptation du terroir (terres un peu lourdes et plus propices aux cultures céréalières vers le plateau d’Orly au nord, terres acides et très légères au sud), le quartier des blés d’or constituant en quelque sorte une frontière à l’est de la commune.
Maintenant, si la volonté est vraiment de développer une agriculture dite « péri-urbaine » de proximité s’inscrivant bien entendu dans la pérennité, une première condition serait que la zone envisagée (accès, parcellaire, qualité agronomique) convienne parfaitement à ce type nouveau de culture. Or ce n’est pas le cas à Morangis :
-Il n’y a dans la pratique qu’un seul accès pour une quinzaine d’hectares (par la zone d’activités)
-Le parcellaire très découpé constitué de multiples propriétaires ne s’y prête pas, chacun devant passer sur un ou plusieurs voisins pour accéder à son propre terrain.
- Du temps où les paiements des cotisations sociales des exploitants agricoles étaient indexés sur les catégories de terres, celles en question étaient classés en 3ème ou 4 ème catégorie (sur une échelle de 1 à 4), ce qui souligne leur médiocrité agronomique. D’ailleurs l’appellation du lieu-dit « les Rôtis », terres qui « rôtissent », grillent donc à la chaleur de l’été, est significative. C’’est bien sûr là que nous cultivons prioritairement les jachères.
Une deuxième condition serait de s’assurer que cette activité puisse intéresser des professionnels s’engageant à respecter les règles du jeu consistant à ne vendre toute l’année que leur production locale. On peut en douter puisque la municipalité elle-même, alors qu’elle est en place depuis près de 4 ans, n’a jusqu’ici « installé » personne, ni permis d’installations sur les terrains lui appartenant en propre. Apparemment les amateurs ne se bousculent pas.
Dans quelque activité que ce soit le développement durable qui est invoqué à tout bout de champs sans souvent mesurer la portée de ces deux mots, doit fondamentalement s’appuyer sur un minimum de rentabilité économique d’abord dans le présent correspondant à une production avec des coûts maitrisés parallèlement à une demande solvable.
C’est très difficile pour le maraîchage qui s’appuie à la fois sur un cycle de production court (grosso modo entre avril et novembre) et sur une prépondérance de charges de main d’œuvre tandis qu’il vend proportionnellement chers des produits réservés à une clientèle peu nombreuse parce que sélectionnée par l’argent.
Sa pérennité dans notre milieu urbain est d’ailleurs mise à mal comme on le constate d’expérience avec sa disparition quasi-totale dans ses secteurs traditionnels et favorables sur le plan agronomique ( Villebon , Villejust , Saulx les Chartreux, Leuville, Ballainvilliers, la Ville du Bois, Champlan ) où ne subsistent que quelques producteurs « industriels » .
L’activité « laitier nourrisseur » s’est éteinte il y a une dizaine d’années ; depuis lors, le terrain des Petits Graviers était surtout utilisé dans le cadre d’un négoce de bestiaux. Là aussi, l’appellation ancestrale du lieu-dit est bien significative de la très mauvaise qualité agronomique du secteur : il ne pousse déjà pas grand-chose dans « les petits graviers », alors, avec le piétinement supplémentaire de vaches depuis plus de 60 ans, il n’y a certainement pas d’illusions à se faire sur les résultats de productions végétales.
De plus, Il n’y a aujourd’hui aucun successeur à l’exploitant qui est désormais en retraite. L’idée de poursuivre une activité agricole (laquelle d’ailleurs ?) dans un endroit quasi inaccessible aux engins nous parait vraiment saugrenue.
Compte tenu à la fois de l’emplacement en plein milieu d’une zone UH et de l’ouverture à l’urbanisation des terrains voisins, un classement en zone UH avec un COS classique de 0,4 nous parait justifié.
Quant aux jardins familiaux parfois évoqués, il y a déjà une offre relativement importante à l’intérieur de la propriété ADP. Nous n’avons pas connaissance d’une demande particulière de Morangissois qui créerait un besoin si impérieux. Sans doute parce que les ¾ des habitations sont pavillonnaires et disposent de jardin ; au contraire, le souci de beaucoup de propriétaires âgés est l’entretien de leur jardin qu’ils ne peuvent plus assumer et leur difficulté à trouver des amateurs pour le faire même à titre gratuit. Pourquoi ne pas les envisager dans les terrains appartenant à la commune situés au nord- ouest, d’autant plus que le secteur est classé dans le SDARIF « espaces verts à protéger » ?
De toutes façons, l’émergence d’une production maraîchère de proximité ou la création de jardins familiaux ne se décrète pas à partir de visions déconnectées des réalités de notre environnement..
La première des démarches aurait été de consulter les personnes concernées ( propriétaires et exploitants ) pour envisager avec eux les conditions et surtout les moyens à mettre en œuvre pour permettre les installations de professionnels et surtout répondre aux contraintes induites (réseaux d’eau indispensable, alimentation en énergies , protection des cultures, abris pour les récoltes , pour le matériel, « sécurisation » contre le vol ou le vandalisme …. )…. Sans compter les conséquences peu heureuses d’un point de vue simplement visuel avec des successions disparates de locaux, clôtures, serres, hangars …. Sans compter également qu’activité agricole signifie aussi déchets verts, élevage d’animaux. Au nom de quoi interdire l’élevage du cochon « bio » de proximité ?
Surtout, la municipalité n’apporte pas de réponse à la question du financement de cette nouvelle orientation ( qui ? Comment ? ). A notre avis, la piste du « privé » ne peut aboutir faute de rentabilité. Est-ce donc à la collectivité municipale d’assumer cette charge et, au final, financer directement ou indirectement une activité non viable ? Nous pensons qu’une majorité des habitants, même parmi ceux qui pourraient être d’instinct séduits par le côté « poétique » de la campagne dans la ville, n’y est pas favorable.
Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’au final, ce « désir » d’agriculture reste superficiel et circonstanciel puisque, dans le même temps et sans gêne aucune, on « soustrait » 8 ha de terres de 1ère catégorie le long de la Vanne pour les affecter à des équipements sportifs. Motif invoqué : répondre à une demande de l’intercommunalité voisine sur laquelle les responsables communaux ont des vues d’adhésion. Le paradoxe est que cela aurait pu être, par ses caractéristiques, l’endroit de la ville le plus à même de recevoir une production maraîchère ou des jardins familiaux.
Pas d’état d’âme non plus, lorsqu’on classe en « terrain réservé » des terres agricoles sous prétexte de réaliser dans l’avenir une route pour désenclaver la zone d’activité (avenues Schweitzer et Eiffel ). Une route qui, par parenthèses, serait en impasse des deux côtés.
Permettez-nous surtout de douter de la « fibre » agricole de la commune qui, donnant un très mauvais exemple, a laissé les parcelles dont la ville est propriétaire en friches, ce qui a pour conséquence d’entrainer une prolifération des mauvaises graines chez les voisins, en particulier chez les agriculteurs qui se trouvent dans l’obligation de renforcer leurs usages d’herbicides pour combattre le « salissement » des terres en résultant.
Ce retour au zonage Agricole sous prétexte de protection de l’environnement ou de développement de productions nouvelles n’a aucune justification à moins de servir d’autres buts et de constituer un détournement de pouvoir.
Notre conclusion:
On peut le regretter (et ayant des ancêtres à Morangis depuis la première page des registres paroissiaux en 1564, nous sommes mieux placés que quiconque pour le déplorer), mais la disparition de l’agriculture « nourricière » à Morangis est inévitable. Ce ne sont pas les orientations proposées dans ce PLU contre l’avis des professionnels et ne bénéficiant d’aucune mesure crédible d’incitations qui changeront cette issue, même si celle-ci n’interviendra probablement qu’à moyen terme (10 ans), voire long terme (20 ans).
Quand bien même la création d’une production maraichère de proximité ou des jardins familiaux serait des priorités absolues ou indiscutables à Morangis, la part de la surface raisonnablement envisageable resterait de toute façon marginale dans l’ensemble des terres aujourd’hui cultivée ou pouvant répondre à ces besoins. Le zonage A d’une quarantaine d’hectares inscrit dans ce PLU ajouté aux possibilités offertes par les terrains appartenant à la commune elle-même y pourvoit largement.
Les solutions à envisager dépassent notre PLU local et même le prochain, pour tout dire, elles vont bien au-delà des compétences de la commune ; elles ne peuvent s’envisager que dans un cadre beaucoup plus large, un SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) par exemple, donc en véritable concertation avec la chambre d’agriculture et les agriculteurs.
En attendant, la poursuite de notre exploitation rend incontestablement service à la collectivité ou aux collectivités en général ( depuis l’Etat, en passant par la Région, le Département jusqu’ aux communes ou intercommunalités concernées ) dont on voit mal comment , à quel prix et avec quels soucis, elles géreraient les terrains agricoles restants qui constituent dans leur esprit des réserves foncières dans lesquelles elles peuvent puiser.
Qui peut assurer que les Zones aujourd’hui classées A le seront encore dans 10, 15 ans ? C’est pourtant la vision que voudrait se donner ce PLU tout en n’offrant aucune garantie aux exploitants et surtout sans inscrire d’ engagements de la part de ceux qui ont le pouvoir de décider aujourd’hui.
C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Commissaire Enquêteur, de préconiser le maintien en zone AU des parcelles de la zone « les Rôtis », « Le Val » et en zone UH celle des « Petits Graviers ».
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